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Appel : tous ensemble à Bruxelles le 29 sep­tembre contre la régression sociale !

lundi 6 septembre 2010

Dans le sillage de la crise grecque et sous l’impulsion de la Com­mission euro­péenne, de la Banque cen­trale euro­péenne (BCE) et du Fonds Moné­taire Inter­na­tionale (FMI), les gou­ver­ne­ments euro­péens, qu’ils soient de droite ou sociaux-​​démocrates, ont lancé ou annoncent des plans d’austérité sans précédent.

Sous couvert de résorber les déficits publics dans la stricte ortho­doxie du Pacte de sta­bilité de l’UE et pour « ras­surer les marchés », les capi­ta­listes et leurs gou­ver­ne­ments veulent appliquer un pro­gramme néo­li­béral de choc : baisse radicale des salaires et des pen­sions, aug­men­tation de la TVA, allon­gement de l’âge de la retraite, pri­va­ti­sation des ser­vices publics, réduction des dépenses sociales (santé, éducation, allo­ca­tions sociales, logement) dans le but de déman­teler la Sécu, réformes des codes du travail et des lois sociales afin de faci­liter les licenciements…

En Grèce, ce pro­gramme de choc concocté par le gou­ver­nement, l’Union euro­péenne et le FMI — notamment comme condition imposée en échange du soi-​​disant « plan de sau­vetage » adopté en mai dernier — fait froid dans le dos. Il repré­sente une attaque et un recul inouïs du niveau de vie de la population :

- Hausse de la TVA de 2% en moyenne (de 19 à 21% et 23% sur cer­tains pro­duits)
- Aug­men­tation des taxes (alcool : 20%, ciga­rettes : 63%, hausse des prix des car­bu­rants…)
- Blocage des salaires publics et sup­pression des 13e et 14e mois des fonc­tion­naires (sortes de congés payés), ce qui repré­sente une baisse de 15% des salaires
- Réduction des effectifs publics par le quasi-​​gel des embauches (1 embauche pour 5 départs)
- Blocage des pen­sions des sec­teurs public et privé
- Recul de deux ans de l’âge de la pension de 63 à 65 ans, obli­gation de cotiser pendant 40 ans au lieu de 37 ans pour obtenir une pension com­plète, par ailleurs réduite de 45 à 60%
- Réduction du salaire minimum qui passe de 740 euros à 592 euros
- Gel de 3 ans des aug­men­ta­tions sala­riales dans le privé
- Réduction de 800 mil­lions d’euros des dépenses de chômage
- Réduction de moitié des indem­nités de licen­ciement
- Hausse des tarifs des ser­vices publics et leur pri­va­ti­sation (eau, postes, énergie, télécoms, mais aussi ports, auto­routes, aéro­ports…)
- Réforme et déré­gle­men­tation du Code du travail pour aug­menter la flexi­bilité et faci­liter les licenciements

À des degrés variables, les divers plans d’austérité euro­péens vont tous dans le même sens. Il s’agit ni plus ni moins que d’utiliser la question des déficits publics comme un pur pré­texte pour accé­lérer et par­achever la des­truction des restes de « l’Etat-providence ». Nous sommes à un tournant : dans le cadre d’une concur­rence intra-​​européenne et pla­né­taire rendue encore plus acharnée du fait de la crise écono­mique, l’objectif est de se débar­rasser de toutes les « entraves » que repré­sentent les conquêtes sociales obtenues par les luttes his­to­riques du mou­vement ouvrier et nous ramener ainsi, comme en Grèce, plu­sieurs décennies en arrière !

Cette régression sociale s’accompagne inévi­ta­blement d’une régression démo­cra­tique. Les partis tra­di­tionnels au pouvoir appliquent plus que jamais des poli­tiques pour les­quelles ils n’ont pas été élus. Les budgets publics seront contrôlés par la Com­mission euro­péenne et les Ministres des finances de l’UE avant d’être approuvés par les par­le­ments nationaux. Des Etats sou­ve­rains tels que la Grèce sont dépos­sédés avec l’aval de leurs gou­ver­ne­ments de la gestion de leur économie en faveur de la Com­mission euro­péenne, de la BCE et du FMI, ins­ti­tu­tions non élues, non démocratiques.

Les droits sociaux, les ser­vices publics et les dépenses sociales ne sont nul­lement la cause des déficits publics ; nous ne vivons pas, loin de là, « au dessus de nos moyens » comme les idéo­logues de la pensée unique veulent nous le faire croire. Le gon­flement des dettes et des déficits publics est avant tout le résultat de plu­sieurs décénnies de cadeaux fiscaux au patronat et aux plus riches, au travers des réduc­tions d’impôts, des coti­sa­tions patro­nales et des taxes sur le capital. Ces mil­liards de cadeaux et les gigan­tesques béné­fices engrangés sont allés ali­menter la spé­cu­lation « libre et non faussée », déba­rassée de toute entrave et de tout contrôle par les divers traités européens.

Alors que les banques et les spé­cu­la­teurs finan­ciers sont les res­pon­sables de la crise finan­cière de 2008, les gou­ver­ne­ments ont mas­si­vement volé à leur secours, sans contre­partie et avec l’argent des contri­buables, alour­dissant encore plus leurs déficits publics. Puisqu’ils se sont refusés à prendre direc­tement l’argent dans la poche des grosses for­tunes, ces mêmes gou­ver­ne­ments se retrouvent aujourd’hui contraints d’emprunter à des taux élevés aux mêmes ban­quiers et spé­cu­la­teurs qu’ils ont sauvé de leur propre ban­que­route et qui, à leur tour, ne se privent pas de spé­culer sur ces dettes publiques alourdies, pro­vo­quant ainsi le pré­texte mis en avant aujourd’hui pour jus­tifier les plans d’austérité.

En Bel­gique, au-​​delà de leurs diver­gences et de leurs dif­fi­cultés à com­poser un gou­ver­nement fédéral stable, aucun parti tra­di­tionnel ne remet fon­da­men­ta­lement en question ce système capi­ta­liste et sa logique néo­li­bérale infernale. Quelle que soit la future formule gou­ver­ne­mentale, les partis au pouvoir appli­queront, chez nous aussi, des plans simi­laires d’austérité brutale afin de trouver dans la poche des salariés et des allo­ca­taires sociaux les 25 à 30 mil­liards d’euros « néces­saires » pour résorber les déficits et l’endettement publics.

En Grèce, Italie, Espagne, Irlande, Por­tugal, France, les travailleurs-​​euses et leurs orga­ni­sa­tions syn­di­cales ont com­mencé à réagir au travers de grèves géné­rales de 4 à 24 heures et de mani­fes­ta­tions de masse. Face à l’offensive coor­donnée et sans pré­cédent du capital à l’échelle euro­péenne, il est temps de passer à une riposte également coor­donnée sur tout le continent. Partis, syn­dicats et mou­ve­ments sociaux pro­gres­sistes euro­péens ont la res­pon­sa­bilité de s’unir autour d’un plan et d’un pro­gramme d’actions afin d’éviter d’être battus sépa­rament, pays par pays. L’enjeu est clai­rement européen : une vic­toire de ces plans d’austérité dans plu­sieurs pays risque de démo­ra­liser les travailleurs-​​euses dans les autres et de freiner leurs luttes et leurs résis­tances. A contrario, la vic­toire d’une mobi­li­sation popu­laire mon­trera la voie à suivre, donnera confiance en leurs propres forces et à leurs capa­cités de gagner aux mou­ve­ments sociaux partout en Europe.

Le 29 sep­tembre pro­chain, à la veille d’un sommet des ministres euro­péens des finances, la Confé­dé­ration euro­péenne des syn­dicats (CES) organise une euro-​​manifestation contre les mesures d’austérité. Le Forum social européen a également lancé un appel pour ce rendez vous et la FGTB, la CSC et la CGSLB mobi­lisent en front commun (*). Des dizaines de mil­liers de salariés vont se mobi­liser ce jours-​​là à Bruxelles et en Europe, notamment à travers des grèves géné­rales de 24 heures en Espagne et en Grèce.

Le Front des Gauches, qui s’est constitué à l’occasion des élec­tions légis­la­tives en ras­sem­blant six orga­ni­sa­tions de la gauche radicale et écolo­gique, par­ti­cipera lui aussi acti­vement à la mani­fes­tation du 29 sep­tembre, tout en prenant dis­tance avec l’un des mots d’ordre avancé par la CES en faveur de la « crois­sance ». Selon nous, la « crois­sance » dans le système actuel n’est pas neutre, elle est condi­tionnée par la recherche du profit maximal et le pro­duc­ti­visme capi­ta­listes qui détruisent à la fois nos droits sociaux et notre envi­ron­nement. La lutte contre la régression sociale passe avant tout par la défense et l’extension des droits sociaux, de l’emploi et des ser­vices publics, par une redis­tri­bution radicale des richesses dans la justice fiscale.

Face à la montée du chômage, ce n’est pas la « crois­sance » de profits acca­parés par une minorité qu’il faut défendre, mais bien la « décrois­sance » du temps de travail, sans perte de revenus et avec embauches mas­sives. A la logique mor­telle de la course aux profits, il faut opposer la satis­faction des besoins sociaux par la mise sous contrôle publique des sec­teurs clés de l’économie tels que la finance, l’énergie, les trans­ports et leur pla­ni­fi­cation démo­cra­tique dans le respect des équi­libres écologiques.

L’issue de la crise en faveur de la majorité sociale passe également par le rejet de l’Union euro­péenne qui s’est une fois de plus dévoilée comme étant au service des ban­quiers et des spé­cu­la­teurs. Il faut rompre avec cette UE, non pas en faveur d’un « repli national » tout aussi néfaste, mais au contraire afin d’ouvrir la voie à une toute autre Europe, celle de la soli­darité entre les peuples.

C’est sur cette base que le Front des Gauches mani­festera et app­pelle tous les salarié-​​e-​​s et les allo­ca­taires sociaux à par­ti­ciper nombreux-​​euses à l’euro-manifestation du 29 sep­tembre. Pour faire de cette date le point de départ d’une contre-​​offensive euro­péenne et pour affirmer, ensemble, qu’en Bel­gique comme dans toute l’Europe, ce n’est pas à nous de payer leurs crises, que d’autres poli­tiques sont pos­sibles et qu’il faudra les imposer par une vaste mobi­li­sation, uni­taire et internationale.

Front des Gauches (Parti Com­mu­niste, Parti Socia­liste de Lutte, Ligue Com­mu­niste Révo­lu­tion­naire, Comité pour une Autre Poli­tique, Parti Huma­niste, Vélorution)

(*) Le tract du front commun syn­dical belge pour le 29 sep­tembre dit cor­rec­tement « non » à « l’austérité », mais dans sa version néer­lan­daise on parle d’austérité « sévère ».

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