Robert Tangre

PC — Courcelles — premier candidat effectif sur la Liste Sénat

Je suis né en 1943 à Bouillon, dans un milieu de petits indé­pen­dants (pro­gres­sistes pour cette région). Je n’étais donc pas destiné à devenir membre d’un parti de la gauche radicale.

Cependant, mes oreilles résonnent encore des longues dis­cus­sions autour de la table fami­liale sur l’affaire royale. « Non à Léopold III ! ». Je deviendrai anti-​​monarchiste et républicain.

Le décès pré­maturé de mon père oblige ma famille à rejoindre la région de Viroinval, et je fais mes études d’instituteur à l’Ecole normale de l’Etat de Couvin.

Pen­sion­naire, j’ai gardé de cet établis­sement un sou­venir inou­bliable : co-​​gestion, acti­vités cultu­relles diverses, que j’animais déjà comme res­pon­sable choisi par mes condisciples.

1961, je tra­verse Char­leroi à plu­sieurs reprises bloqué chez mon oncle pour vacances pro­longées à cause de la grève du siècle. Les tas d’immondices cou­vrant les trot­toirs m’impressionnent. Des noms me deviennent connus : un certain Robert Dussart (un agi­tateur com­mu­niste) bloque les ACEC ! Je découvre le combat social.

1962, un diplôme en poche, les majo­rités com­mu­nales de tout l’Entre Sambre et Meuse, toutes catho­liques à l’époque, ne veulent pas engager « un suppôt de Satan » (décla­ration faite en chaire de vérité par le curé de Vierves en 1958, lors de la guerre sco­laire). Il faut aller chercher un emploi en région indus­trielle, là où les com­munes sont dirigées par les socia­listes ou les libéraux, laïcs à l’époque. Deuxième posi­tion­nement poli­tique : j’abandonne l’Eglise, et je deviens laïc convaincu.

Sep­tembre 1962, je trouve un emploi à Cour­celles. A 19 ans, me voilà, seul, avec 25 gosses dont j’ai la PLUS TOTALE RES­PON­SA­BILITE, comptant sur l’aide et les conseils judi­cieux de la géné­ration la plus âgée. Cour­celles est une ancienne commune ouvrière à majorité socia­liste, mais où les com­mu­nistes comp­ta­bi­lisent 25 % des voix.

1963, mon service mili­taire accompli comme simple plouc par refus de devenir officier de réserve et de faire 15 mois en Alle­magne (comme les ¾ des membres de ma com­pagnie). Je quitte la caserne anti­mi­li­ta­riste convaincu.

Abreuvé de Zola, dont j’ai lu toute la col­lection, je ren­contre la famille Glineur, et entre ainsi en contact régulier avec Georges (député et échevin com­mu­niste) car je deviens, tour à tour, l’instit de ses deux petits-​​fils. Claude, le fils, vient chaque samedi me pro­poser le Drapeau Rouge. Je le lis avec plaisir (Mon plus grand intérêt portait sur les chro­niques écono­miques de Pierre Joye) et à part cer­taines réserves quant à la forme et à la phra­séo­logie de l’époque (celle que cer­tains nos­tal­giques d’aujourd’hui aime­raient nous voir encore uti­liser), je deviens lecteur du DR heb­do­ma­daire et en 1973 ou 74, je m’abonne au quotidien.

Affilié dès 1963 à la CGSP ensei­gnant, je deviens tré­sorier de la section, comptant à l’époque plus ou moins 120 membres. C’est mon premier enga­gement social. 1973, après une série de grèves, nous obtenons une aug­men­tation sala­riale de 25 %. La Maison de Huit Heures de Char­leroi était pleine à craquer. L’auditoire attendait avec ravis­sement une inter­vention par­ti­cu­lière : c’est ainsi que j’ai fait la connais­sance du com­mu­niste à la belle mous­tache, Maurice , Maurice Magis au verbe haut, si tru­culent, verbe qui gal­va­nisait l’auditoire.

Entre-​​temps, un mariage, qui fera long feu… et la joie de la nais­sance de mon fils Bruno.

1973, j’adhère au PC, et peu de temps après, je reprends la section cour­cel­loise des pion­niers. Les acti­vités sont basées sur des objectifs nobles comme la lutte pour la paix, contre le racisme, la xéno­phobie ou pour la pro­tection de notre envi­ron­nement, mon dada d’enseignant. Jeunes ne détruisons pas notre plus pré­cieux capital ! Le Parti com­mu­niste est à l’époque peu sen­sible à ce genre de pro­blé­ma­tique. Jacques Coupez comme moi, nous nous sentons fort isolés d’autant plus qu’un certain tech­no­crate (et je l’écris volon­tai­rement au sin­gulier) est pour le tout nucléaire.

Aujourd’hui, je retrouve avec un plaisir renouvelé sans cesse bon nombre de ces jeunes devenus adultes proches de la qua­ran­taine qui n’hésitent pas à s’engager poli­ti­quement à mes côtés.

1982 : reprise de l’enseignement. Celui-​​ci a for­tement changé en 4 ans. Il ne cor­respond plus, ni à ma for­mation, ni aux objectifs que je me suis assignés lors de mon enga­gement dans la pro­fession : un ensei­gnement de qualité qui offre à tous les jeunes les mêmes chances. Les res­pon­sables poli­tiques qui se sont suc­cédés à la tête de ce ministère, le plus important de tous ont failli. Ils sont tous (toutes) res­pon­sables de la déglingue actuelle. La Bel­gique au sortir de la 2 ème guerre pos­sédait un ensei­gnement général, oh combien supé­rieur à celui de nos amis français pour ne citer qu’un exemple. Il a été assassiné par les poli­tiques et leurs péda­gogues en chambre. J’en souffre aujourd’hui tou­jours car ce sont les gosses des milieux défa­vo­risés qui en ont fait les frais. Ils ont détruit le travail que nous, ins­ti­tu­teurs de mon âge et nos maîtres avons mis tant de mal mais aussi tant d’ardeur à construire.

1988 : Georges Glineur, seul élu belge à avoir siégé comme conseiller com­munal pendant 50 ans, échevin durant six années et après avoir été élu pendant 25 ans au Par­lement, décide d’abandonner ses fonc­tions. Etant for­tement impliqué dans la vie com­munale, la section cour­cel­loise du PC m’offre le place de 1er com­mu­niste sur la liste pro­gres­siste : Union Com­munale Pro­gres­siste et Wal­lonne. Parmi nos 4 élus, je sors des élec­tions avec le plus haut score en voix de pré­fé­rence. Je quitte l’enseignement dans la pers­pective de ne pas y laisser ma santé.

Aujourd’hui, l’UCPW, qui alliait com­mu­nistes, membres du RW, socia­listes indé­pen­dants et chré­tiens de gauche vit tou­jours acti­vement même si elle a subi des défec­tions : une scission ptbiste, une autre de droite, l’arrivée des ECOLO et du FN qui dimi­nueront notre score élec­toral. Elle reste cependant un élément important de la vie com­munale locale, ayant déve­loppé en 18 ans des cen­taines d’interpellations, de ques­tions orales, ayant gagné des batailles envi­ron­ne­men­tales impor­tantes, comme celle qui a empêché l’implantation d’un Centre d’Enfouissement Tech­nique sur le terril n°5 de Tra­ze­gnies. Gageure réussie : ras­sembler une mani­fes­tation de 3.000 per­sonnes n’est pas chose commune !

De 1988 à ce jour, j’ai d’abord tra­vaillé sous un statut d’indépendant comme ges­tion­naire du DR. Ensuite, lors de ma démission obli­ga­toire de l’enseignement – incom­pa­ti­bilité entre mandat et statut d’enseignant com­munal – je suis devenu salarié du PC puis de la FJJ.

2003, l’heure de la pension a sonné. Je reste au poste. Si j’ai aban­donné la res­pon­sa­bilité poli­tique de la Fédé­ration, je déve­loppe au quo­tidien les acti­vités au sein de l’ACJJ, du SPWB et de bien d’autres organisations.

Le Parti Com­mu­niste m’a donné beaucoup. J’ai côtoyé des per­sonnes de qualité, des diri­geants comme Georges Glineur ou mon vieux pote Maurice Magis, mais aussi des mili­tants sans pré­tention, mais oh combien pré­cieux : Anna Desaire, Fernand Grimart, Lucienne Dechamps, Marius Ridiaux, André Henriet, Patrice Piette, Jean-​​Pierre Preud’Homme … La liste serait trop longue !

J’ai par­ticipé à des combats enthou­sias­mants : contre la guerre du Vietnam ou de l’Irak, contre la bombe ato­mique ou les missiles.

J’ai relevé, avec de nom­breux cama­rades, des défis où nous avons tout donné phy­si­quement, dans un climat de confiance et de camaraderie.

J’ai côtoyé des gens du monde entier du détroit de Béring en passant par le Burkina Faso ou le Nicaragua.

Je me suis tissé en champ rela­tionnel de franche cama­ra­derie et d’amitié au travers de moments forts comme la par­ti­ci­pation à la fête annuelle de l’Humanité.

Ma vie per­son­nelle fut tra­versée de moments dif­fi­ciles mais aussi de ren­contres enri­chis­santes et d’amitiés per­son­nelles durables. L’âge permet aussi de ren­contrer la paix inté­rieure, la famille s’étant agrandie et ayant mené à bien son che­mi­nement propre

Il y eut de mauvais moments, pénibles, des méchan­cetés, des médi­sances, de la jalousie, cela fait partie des bana­lités de la vie certes, mais vite oubliées.

Non, déci­dément, mon avenir est devant moi. Il y a encore tant de choses à faire !

Qu’avant ma vieillesse renaisse un parti qui lutte pour les objectifs qui sont les nôtres : la paix, la justice sociale ou devant l’impôt, l’espoir d’un monde meilleur.

Que ce parti garde le nom de « com­mu­niste » (déprécié par nos ennemis), alors qu’il signifie mise en commun, com­mu­nauté …est une chose ou qu’il se refonde en est une autre chose dont nous dis­cu­terons mais qu’il garde les richesses qui ont fait sa force et sa valeur. Ce à quoi j’ai adhéré : cama­ra­derie et solidarité.

L’Ardenne, une ardeur d’avance !

Excusez-​​moi, je ne pouvais m’en empêcher.

Intervention au meeting international du 9 juin

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