Médecin généraliste, militante féministe, ex vice-présidente de l’ARACH (comité des riverains de l’aéroport de Gosselies), ex-conseillère communale à Charleroi.
Habitant dans une ville qui connaît 30% de chômage depuis trente ans et travaillant dans le secteur de la santé, je peux toucher du doigt ce qui fait le quotidien d’un bien trop grand nombre d’entre nous.
Quels sont les problèmes centraux alors qu’en Wallonie une personne sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté ?
Réponse : que mettre de correct dans l’assiette jour après jour ? Comment vivre alors que les enfants devenus adultes n’ont pas de revenus suffisants pour quitter le ou les parents et que beaux enfants et petits enfants agrandissent la maisonnée dans une habitation devenue petite et non isolée du point de vue acoustique ?
Comment acheter un nouveau paquet de langes au petit quand on n’a pas le budget indispensable pour se procurer le lait conseillé par le médecin de l’ONE ?
Comment payer la note du chauffage de cet hiver, régler le pharmacien et rester en ordre de mutuelle si l’on a une petite pension et que pendant la vie de travail on n’a pas pu acheter son habitation ?
Bref, comment boucler le mois ? Et puis il y a ces emplois, tous ces emplois qui n’existent pas (puisqu’ils se perdent par dizaines chaque jour) mais que l’on est obligé de trouver. Ces emplois pour lesquels on postule mais ne reçoit pas de réponse. Sauf pour s’entendre dire
que l’on est « surqualifié », « sous qualifié », « trop jeune, sans assez d’expérience », « ou trop âgé », ou pour recevoir des commentaires du type :
« Dites, vous vous croyez vraiment assez bien habillé pour postuler ici ? »
Vient alors le questionnement, le doute : « je suis incapable, je suis impuissant, je ne vaux rien »
Suivent repli sur soi, isolement social, échappement dans l’alcool, les drogues, les jeux virtuels (où l’on est invincible et à défaut, où l’on peut toujours tout reprendre à zéro), glissement de la personne hors de cette réalité trop dure, trop angoissante…
A ce moment aussi surgissent les démons, les autres qui sont cause de tout : « les jeunes qui ne sont plus comme dans le temps », « les vieux qui pourraient céder leur place aux jeunes », « les femmes dont la place est à la maison », « celui-là dont la peau mate dit qu’il n’est pas d’ici » quand bien même il y est né, « cette femme qui porte foulard » et n’a qu’à s’occuper de ses enfants…
Et tout cela nous divise, nous isole, diminue nos possibilités de connaître une vie heureuse.
Car nous sommes « des animaux sociaux » et ne pouvons être heureux seuls. Nous avons besoin de relations humaines, chaleureuses, tendres, solidaires comme nous avons besoin d’une vie digne, d’un revenu décent, d’une alimentation et d’un logement corrects, dans un environnement sain.
Tout ce qui atomise et divise la société (la précarité et l’isolement social, le mépris, le racisme, les brimades) diminue notre bonheur individuel et cela indépendamment de la situation de chaque personne car ce qui émane de notre environnement retentit sur la qualité de vie de chacun de nous. Et ce ne sont pas les miroirs aux alouettes de la communication qui y changeront quelque chose :
ni les GSM derniers cris, ni les gigantesques écrans plasma ;
ni cet aéroport développé centre ville, au mépris de la santé du plus grand nombre ( chacun sait que le kérosène tombé du ciel n’est bon à la santé de personne) pour permettre à quelques uns de s’envoler le matin goûter le soleil du midi et d’en revenir le soir par la grâce des subsides collectifs.
Tout cela donne l’illusion d’une communication pourtant de plus en plus déficiente dans cette société où les places se font tellement rares et chères que l’on est poussé à marcher sur la tête du voisin pour en obtenir une…ce qui contribue à ce que malheur et isolement deviennent chaque jour plus criants.
Voilà pourquoi, le Front des Gauches, alliance de petits partis de gauche et de personnes progressistes était indispensable.
Voilà pourquoi voter Front des Gauche est un vote utile
pour voter pour ce que nous pensons et voulons vraiment ;
pour voter utile (et non blanc ou nul, ce qui renforcerait la politique des partis qui nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui) ;
pour défendre les vrais enjeux ensemble : contre le chômage, la précarité, les discriminations de tous ordres, les trop basses pensions, les attaques contre la sécurité sociale, le démantèlement des services, biens et transports publics ;
pour réduire les dépenses inutiles d’armement (les armes tuent quelque part dans le monde) ou de publicités qui nous « prennent sans fin la tête » ;
pour se consacrer aux vrais besoins : une éducation de qualité et des soins de santé accessibles à tous, un logement décent et une alimentation suffisante et saine pour tous, dans un environnement dont nous préserverons la qualité car nous devrons le transmettre aux générations futures.
Et cela passe non par des cadeaux aux banques qui n’en ont que trop reçus, mais par une revalorisation sociale et économique de tous les acteurs de ces secteurs : enseignants, éducateurs, formateurs, agriculteurs, travailleurs de la santé et des services publics et de tous ceux et celles qui, quel que soit le secteur, par leur travail ou leur action apportent un surcroît de solidarité sociale et de bien-être à l’ensemble de la société. Dans une société qui transforme tout en argent, qui réduit tout, y compris les êtres humains, selon le seul et unique critère des dieux argent et profit, il y a deux mondes : celui des odieusement riches et puissants qui ne connaissent pas leur fortune mais dont la logique implacable est de l’accroître sans fin et celui d’une multitude toujours plus nombreuse, les sans logis, du quart monde, du tiers monde, celui des exploités de l’enfance à la mort, celui des morts innombrables des guerres (pour le pétrole !), des famines évitables et des maladies curables, celui, enfin, des morts de la pauvreté…Celui des enfants colombiens des rues auxquels on vole un œil pour le revendre à un malvoyant, occidental peut-être , suffisamment nanti certainement que pour le payer très cher. Celui où un joueur de foot « s’achète », où on trafique les êtres humains, les prostitue ou les tue pour de l’argent (snuff movies).
À nous de nous atteler ensemble à construire celui que nous voulons !
Voilà la réponse du Front des Gauches et cette réponse là, ou elle ne se fera pas, ou c’est tous ensemble que nous la ferons.


